Après le verdict

Le 22 juin 2016 après 3 heures de délibéré le verdict tombe: 15 ans.

Dans les rangs du tribunal où l’on vient de passer 3 jours à soutenir notre ami face à son jugement, à le voir endosser les plaintes démesurées des parties civiles incarnées par des discours moribonds et vengeurs, on se met à compter combien encore d’années. Quinze années qui s’ajoutent à trois qui lui reste à purger. Puis peut-être une confusion de peine et d’autres aménagements.

Kamel sort de son box vitré, entouré de flics toujours plus armés et plus menaçants par leur taille et leur carrure au fil des trois jours, il regarde la salle comble, « il faudrait faire ça à chaque procès et ce, pour chacun d’entre-nous ».

-un compte-rendu du procès sera publié sous peu

Vidéo d’appel face aux longues peines les 20, 21, 22 juin à Grenoble

En soutien à Kamel Bouabdallah et à ses proches, pour remettre en question l’enfermement à vie et les (très) longues peines, présence  souhaitée lors de son procès  les 20, 21 et 22 juin 2016, cour d’assises d’appel, tribunal de Grenoble. (Plus de détail à venir sur ce site). Lire l’appel du collectif Kamel-Libre.

POUR EN FINIR AVEC LA MISE A MORT DE KAMEL BOUABDALLAH

Nous appelons à être présents les 20, 21 et 22 juin 2016 à la cour d’assises d’appel de Grenoble qui va décider du sort réservé à Kamel Bouabdallah, 28 ans, condamné en première instance par la cour d’assises de Valence à vingt-cinq ans de prison.
25 ans !

Kamel a déjà passé plus de 10 ans derrière les barreaux !
Plus d’un tiers de sa vie en prison !

De ses écrits, qui ont traversé les murs, et par sa volonté de dire la prison à toutes et tous, nous avons souhaité que ses mots francs et directs puissent être partagés. Ainsi, le collectif de soutien Kamel-Libre a vu le jour. Nous, amis de Kamel et de sa famille, refusons que lui comme d’autres êtres humains soient condamnés à mourir enfermés.

« La prison mène à la prison. »    

Kamel a à peine 15 ans lorsqu’il entre pour la première fois en prison. À partir de là, les peines s’enchaînent et le passage à l’âge adulte s’opère derrière les barreaux. Quand il sort à l’âge de 21 ans, il essaie de se reconstruire en travaillant et en re-découvrant la vie à l’extérieur. Mais c’est sans compter que les traumatismes occasionnés par la vie en prison ne s’effacent pas le jour de la sortie et qu’il est difficile de trouver sa place dans la société après des années d’enfermement.
En mai 2011, avec un complice, il va braquer six commerces avant d’être pris en chasse par la police. Le scooter dérape. Kamel veut fuir… Dans un moment de panique et désespéré, il frappe de la crosse d’un pistolet le policier, avant d’être arrêté.

« À ce moment-là, je préférais mourir que d’aller en prison. »

L’histoire de Kamel et de tant d’autres nous pousse à questionner les rouages de l’univers carcéral et par là-même ceux d’une société qui fabrique l’exclusion. Par notre présence devant le tribunal, nous souhaitons pointer l’absurdité d’une politique qui n’a de cesse d’infantiliser, d’humilier et de torturer celles et ceux qu’elle prétend vouloir ré-insérer.
La justice, au lieu de lui laisser cette prétendue possible ré-insertion, a prononcé en première instance une peine “d’élimination sociale” et elle pourrait même l’aggraver avec une condamnation qui peut aller jusqu’à 30 ans…  Aujourd’hui, il n’est pas libérable avant 2036.

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« Frustrés de tout, privés à l’excès, humiliés ».

Lors du procès à Valence, ni Kamel ni ses proches n’étaient prêts à une telle mise-à-mort. Ils ne pensaient même pas à la défense possible de leur fils, de leur frère, tant ils imaginaient un système irréprochable, tout du moins juste. Ils n’ont pu que constater à leurs dépends que la parole des proches n’a pas de prise, pas de poids, et que, la plupart du temps, pour les magistrats, elle ne peut être considérée, ni même entendue.
Près de deux ans après, c’est plus forts de rencontres entre les uns et les autres que nous allons accompagner la défense de Kamel. D’une part pour qu’il ne soit pas vaincu d’avance, d’autre part pour briser l’indifférence coutumière dans laquelle se succèdent les procès en assises et la délivrance de tant d’années de peine de prison, de plus en plus longues et de plus en plus nombreuses.

Les peines s’allongent sans cesse, au fur et à mesure des lois qui durcissent le code pénal. Ce ne sont plus seulement les actes qui sont condamnés mais les personnes elles-mêmes. Leur prétendue “dangerosité” est déterminée en fonction de leurs profils socio-judiciaires, de leurs comportements en prison, sur la base d’expertises psychiatriques et d’hypothèses sociologiques ou médicales douteuses… La sortie de prison, plus qu’un parcours du combattant, est un véritable labyrinthe, surtout pour les longues peines : les peines de sûreté (temps pendant lequel il ne sera pas possible pour le prisonnier d’obtenir un quelconque aménagement) qui de la moitié du temps de peine passent à ses deux tiers ; le cumul de peines pour le moindre incident survenu en détention ; les permissions de sortie sans cesse repoussées ; le passage obligé par le centre national d’évaluation ; la libération conditionnelle comme une chimère… Ce que disent habituellement les juges aux jurés sur les remises de peine est faux : celles et ceux qui sont condamnés à des peines de 25 ou 30 ans les purgent dans leur totalité ou presque.

« M’enterrez plus, posez les pelles ! »

Il est dur de rester passif quand on prend acte de la masse de violences et de souffrances qu’engendre l’enfermement, avec comme seules promesses : cellules, coursives, cours de promenades, cachots, transferts, cellules de confinement, quartier d’isolement, services psychiatriques dans la prison et prison dans les hôpitaux psychiatriques…

Le collectif Kamel-Libre appelle à se réunir à l’occasion du procès de Kamel Bouabdallah qui se tiendra du 20 au 22 juin 2016 à la cour d’assises d’appel de Grenoble. Nous pensons qu’il est vital de visibiliser ce procès comme tant d’autres et d’élargir la solidarité auprès des prisonnières et prisonniers longues peines.

« Merci de vous soucier de nous, souillés, laissés rouiller, sans amour et sans lumière. »

 

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Montages sonores autour de Kamel et des personnes enfermées à mort

Le collectif Kamel-Libre a réuni depuis l’été 2014 des émissions de radio où la parole de Kamel et de ses proches a été relayée. A l’approche de son procès en appel, les 20, 21 et 22 juin à Grenoble, nous avons rassemblé une partie de ces prises de positions sur l’univers carcéral et la justice, sur une vie d’enfermé, celle d’un jeune homme que la société a décidé d’éliminer et de laisser mourir en prison.

Le montage qui suit dure 15 min. Il en existe plusieurs autres versions où Kamel parle aussi de la question de la violence et de la mort en prison, des difficultés de garder des liens avec le monde extérieur (ils durent moins d’1h ou 1h25). Nous incitons largement à leur diffusion !

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Extraits des émissions Le Chant du Leurre, Haine des Chaines, Passe-Muraille (Radio Galère), Papillon (Radiodio) et L’Envolée (FPP). Merci à elles.

“Les détenus de vous sont fiers
Luttant en dehors des murs de pierre
En prison on erre
En prison on meurt
Merci à vous de le dire
De la part des mecs en terre
A qui on a mit un terme
Sur qui on ferme les grilles de fer
Pas d’herbe ici, des chrysantèmes
Comme je le dis, oui, les gens j’aime
Les voir sourire
C’est mieux qu’en peine
Qu’avec la haine
Emprisonnés, les mecs en saignent”

Kamel, Les Baumettes, 2014, dédicacé aux émissions de radio relais de la parole de l’intérieur.

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En cellule, mon amie… (Les Baumettes, 2014)

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En cellule mon amie
La solitude est ton amie
Oublie, oublie tous tes amis
La porte se ferme, t’es condamné
Peux-tu me dire combien d’années ?
Mandat de dépôt faut patienter…
Ma vie c’est comme dans avatar
Que je la rêve, beaucoup de cauchemar
Je rêve du parloir et du mitard
Quand je me couche le soir je rêve
Qu’un avion passe et qu’il m’enlève
La vérité… ils m’ont hagard
J’ai grandit seul comme un bâtard
La France ne fait que d’me décevoir
Que dire quand j’apprends son histoire…

 Les historiens ont un peu tort
L’éducation nous ment, à mort !
Pourquoi cacher vos torts ?
Et les jeunes ils les endorment.
Et la prison ben c’est l’école
Pour faire le vice et bien le vol
Mon pote on vit une drôle d’époque !
Ma mère sais-tu comme elle me manque ?
Mon cœur devient de glace un bloc
Je n’suis plus sur terre je suis là, je flotte
Même vivant, ta vie on t’ôte
Ils sont les maîtres et nous les hôtes
Aucun respect pour l’invité
Leur politesse nous a humilié
L’homme s’habitue comme il est niais
Violence devient banalité
Il y a tant de mutilés
De pendus ou de moutonnés
Il est gentil l’homme quand il naît
our l’adoucir faut l’aimer
Pour lui donner l’envie d’aimer
On veut punir, on veut châtier
Cela manque d’efficacité
L’ordre ne naît qu’avec respect
Sans ça, ça donne des rancuniers
Qui savent plus vivre en société
Y sont perdus et dépassés
Restés bloqués sur le passé
Dedans la vie s’est arrêtée
Une heure c’est comme l’éternité

Par des espoirs c’est habité
Par toute la criminalité
Suis-je sensé me réhabiliter ?
Mettre en prison devient banal
Ils font du droit mais immoral
Oú va le monde ? quel dommage
On peut sortir du marécage
Faire de l’emploi moins de chômage
Et mettre fin à ce carnage
Les riches dans le bonheur nagent
Beaucoup de pauvres en esclavage
Tu sors de la page tu vas en cage
Le capitalisme fait des ravages
Il faut s’aider pour progresser
Au lieu de ça vous spéculez
Le blé, le lait, toutes les denrées
Sachant très bien c’qui va se passer
Ça devient une chance de manger
Faudra peser pour grailler frais
Sera lésé celui privé
D’un taf très bien rémunéré
Majorité en pauvreté
Minorité et très aisés
Aujourd’hui, le bien, qui le fait ?


Kamel Bouabdallah, Les Baumettes, 2014

 

Solidarité avec Kamel depuis plusieurs coins du monde

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Il y a plusieurs mois, suite à une rencontre avec le collectif de Kamel, « Le collectif Kamel Libre » un échange sincère autour des conditions en prison et de la survie dans ces centres d’extermination a eu lieu. À ce moment-là, le journal indépendant, anti- carcéral et de combat « El Canero » faisait son apparition en France, dans sa version française, si on peut dire, il venait d’être traduit. La proposition de participer à ce journal a été transmise à Kamel, ce qui a permis la publication de plusieurs de ses écrits dans le Journal « El Canero numéro 4 », cette initiative qui est née depuis les entrailles de la prison Nord de la Ville de Mexico a réussi à voler et un petit échange d’expériences partant du cœur, de la rage et des paroles des compagnon-n-e-s prisonnier-e-s a pu avoir lieu. Fernando Barcenas qui a lancé cette proposition décrit ce journal comme un projet qui contribue à diffuser la lutte anti-carcérale en tissant un lien de communication entre les prisonniers et l’extérieur. Grâce à ce journal les paroles de Kamel sont arrivées jusqu’au Mexique et aujourd’hui, nous, collectifs signataires de cette lettre, voulons exprimer notre solidarité avec Kamel, sa famille, son collectif et ses ami-e-s, nous voulons vous dire que vous n’êtes pas seuls, que vos pensées, votre rage et votre cœur rebelles ont dépassé les frontières géographiques qu’ils s’obstinent à vouloir nous imposer.

Nous venons d’apprendre et nous nous faisons l’écho de la situation dans laquelle se trouve Kamel ; Kamel Bouabdallah, a 28 ans, il a vécu derrière les barreaux depuis l’âge de 15 ans, sa libération est prévue pour 2044. Aujourd’hui Kamel se trouve enfermé à l’Unité Hospitalière Spécialement Aménagée [l’UHSA du Vinatier] unité pénitentiaire au sein d’un hôpital psychiatrique. Il est actuellement enfermé à l’unité C « d’accueil et de soins intensifs » destinée à la gestion des « crises » et des « malades psychiatriques difficiles » et/ ou ayant des « troubles importants du comportement » ce qui signifie  : vivre dans une chambre d’isolement, camisole, portes des cellules fermées, impossibilité de circuler sans l’accompagnement du personnel soignant… La « cour » y est semblable à une « cour » de quartier disciplinaire : un cube de béton de 20 m2 avec des grillages au-dessus. Les surveillants pénitentiaires s’occupent des parloirs, du courrier et aussi des « démonstrations de force » quand il s’agit d’intervenir dans la « zone de soins » et ce à la demande des infirmiers de cette institution.

Nous savons que Kamel souhaite que les gens soient nombreux à le soutenir lors de son procès à la cour d’appel de Grenoble le 20, 21 et 22 juin 2016.

Nous, par ces brèves lignes, voulons te dire, Kamel, que nous sommes nombreux à nous opposer à la perpétuation de ces centres de mépris, de douleur et d’extermination, que notre lutte s’inscrit dans la destruction de ces centres, pour la disparition de ces lieux conçus pour être les poubelles sociales dont l’État se sert pour éliminer des milliers d’hommes, de femmes, de jeunes d’en bas. Notre lutte s’inscrit jusqu’à ce que nous soyons tous et toutes libres, aujourd’hui, nous voulons te dire Kamel, que nous sommes là, et nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était, nous ne restons pas indifférents.

Depuis plusieurs endroits nous te serrons dans nos bras avec toute notre solidarité.

Ne te décourage pas Kamel, face aux griffes de ce système pénitentiaire, ne te décourage pas… courage, toujours courage !

En Solidarité :

- Groupe de Travail « Nous ne sommes pas tous et toutes là » Chiapas, Mexique
- Croix Noire Anarchiste de Mexico, Mexique
- La Voix de prisonniers Zapotèques Xiches en Prison, Oaxaca, Mexique
- Depuis la prison d’Ixcotel : Alvaro Sebastián Ramírez, prisonnier Loxicha, Oaxaca, Mexique
- Mère du jeune prisonnier Luis Fernando Sotelo Zambrano. Mme. Celia Zambrano, Mexique
- Les Trois Passants, Toulouse, France

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